Dans le dernier épisode de Digital Talks, Stijn Christiaens, fondateur et Chief Data Citizen de Collibra, remet le débat sur l’intelligence artificielle à l’endroit.
Le véritable enjeu n’est plus l’accès aux modèles. C’est la capacité des organisations à rendre leurs données fiables, gouvernables et réellement exploitables — et à former les profils capables de faire le lien entre technologie, métier et décision.
La vraie question, désormais, n’est plus : avez-vous accès à l’IA ?
La vraie question est : êtes-vous prêts à la rendre utile, fiable et gouvernable ?
🎧 À écouter : Digital Talks reçoit Stijn Christiaens, fondateur et Chief Data Citizen de Collibra.
Un échange sur la donnée, la gouvernance, l’IA et les compétences qui feront réellement la différence dans les années à venir.
De l’accès à l’IA à la capacité à l’exploiter
Le récit dominant sur l’intelligence artificielle a longtemps été celui de l’accès. Accéder aux modèles, aux cas d’usage, aux gains de productivité, aux promesses d’automatisation. Cette phase n’est pas terminée, mais elle n’est déjà plus la plus intéressante. Le vrai clivage se joue désormais ailleurs : entre les organisations qui testent l’IA, et celles qui sont capables de la déployer avec méthode, de la fiabiliser et d’en tirer de la valeur à l’échelle. McKinsey observe qu’une très large majorité d’organisations utilisent déjà l’IA dans au moins une fonction, mais que le passage des pilotes à un impact tangible reste, pour beaucoup, incomplet ou difficile. BCG formule le diagnostic avec encore plus de netteté : seules 5 % des entreprises parviennent aujourd’hui à créer de la valeur à grande échelle grâce à l’IA, tandis que 60 % n’en tirent encore qu’un impact limité, voire nul. (mckinsey.com)
C’est précisément ce que le dernier épisode de Digital Talks permet de regarder de plus près. En recevant Stijn Christiaens, cofondateur de Collibra, Digitalcity.brussels ne donne pas simplement la parole à un dirigeant du secteur. L’épisode déplace le centre de gravité de la conversation. Collibra, entreprise fondée en Belgique en 2008, s’est imposée comme un acteur de référence de la gouvernance unifiée des données et de l’IA. Christiaens y pilote aujourd’hui la stratégie data et la Data Office. Autrement dit, il observe l’IA non depuis sa périphérie médiatique, mais depuis l’endroit précis où l’enthousiasme technologique rencontre les contraintes très concrètes des organisations. (mckinsey.com)

Le vrai goulet d’étranglement : la donnée
La leçon la plus utile, aujourd’hui, est sans doute celle-ci : le problème n’est pas seulement l’IA. Le problème, c’est tout ce qu’une organisation doit rendre cohérent pour que l’IA fonctionne vraiment. La donnée, d’abord. Sa qualité. Sa circulation. Sa traçabilité. Son ownership. Sa compréhension par les équipes. L’OCDE rappelle que l’IA repose sur des intrants essentiels, au premier rang desquels figurent des données de qualité. Quand celles-ci sont fragmentées, mal gouvernées ou peu fiables, la performance d’un système d’IA cesse d’être un sujet de puissance et devient un sujet de confiance. Or sans confiance, il n’y a ni adoption interne, ni mise à l’échelle, ni véritable retour sur investissement. (oecd.org)
La gouvernance change de statut
C’est là que la gouvernance change de statut. Elle n’apparaît plus comme un supplément réglementaire, ni comme une couche de contrôle qu’il faudrait supporter pour rester conforme. Elle devient une infrastructure stratégique. Accenture note que moins de 15 % des entreprises disposent aujourd’hui du niveau de maturité data nécessaire pour opérationnaliser pleinement l’IA, et que près de la moitié déclarent ne pas avoir suffisamment de données de qualité pour déployer réellement leurs initiatives d’IA générative. Ce constat est essentiel, car il renverse la hiérarchie habituelle des discours. Ce qui freine n’est pas l’absence d’algorithmes ; c’est l’absence de fondations robustes. Ce qui distingue les organisations qui créent de la valeur n’est pas seulement leur capacité à acheter ou tester des outils, mais leur aptitude à structurer leurs flux de données, à clarifier les responsabilités, à définir des processus et à faire dialoguer les fonctions. (bcg.com)

Le pari européen : faire de la confiance un avantage
Ce déplacement est particulièrement important dans le contexte européen. On oppose encore trop souvent innovation et régulation, comme si l’Europe devait choisir entre accélérer ou encadrer. En réalité, l’enjeu devient plus subtil : savoir si l’Europe peut transformer la confiance, la traçabilité et la responsabilité en avantage compétitif. Le règlement européen sur l’IA pousse déjà les organisations dans cette direction. Son article 4 impose aux fournisseurs et déployeurs de systèmes d’IA de veiller à un niveau suffisant de littératie IA parmi les personnes qui utilisent ou supervisent ces systèmes. La Commission européenne précise que cette littératie ne renvoie pas seulement à une compréhension technique minimale, mais aussi à la capacité d’apprécier les opportunités, les risques et les usages responsables de l’IA. Autrement dit, l’IA devient aussi une question d’acculturation et de discernement organisationnel. (artificialintelligenceact.eu)
Digitalcity.brussels : de la formation à la capacité d’action
C’est précisément à cet endroit qu’un acteur comme Digitalcity.brussels peut jouer un rôle beaucoup plus structurant qu’il n’y paraît. Si l’on suit la logique du marché, le défi n’est plus seulement de “former à l’IA”. Il est de préparer des profils capables de travailler à l’intersection de la donnée, des usages métier et des exigences de gouvernance. Cette approche existe déjà, concrètement, dans l’offre de Digitalcity. Les parcours liés à la Business Intelligence et à la data analysis abordent les fondements de l’analyse de données, la modélisation de bases de données, l’ETL, le data warehousing, la visualisation, ainsi que les dimensions juridiques, éthiques et de sécurité. Les formations Power BI visent, elles, à transformer des données en tableaux de bord exploitables et en décisions actionnables. D’autres modules plus récents travaillent l’appropriation stratégique de l’IA elle-même, dans une logique de transformation au sein des organisations. On n’est donc pas seulement dans l’apprentissage d’outils ; on est dans la construction d’une capacité à rendre la donnée intelligible, exploitable et partageable.
Pourquoi ce sujet concerne plusieurs publics
- Entreprises > Mieux structurer leurs données, fiabiliser leurs usages IA, rapprocher métiers et technique.
- Chercheurs d’emploi > Se positionner sur des compétences qui combinent data, visualisation, gouvernance, compréhension métier et adaptabilité.
- Étudiants > Comprendre que la valeur ne viendra pas seulement des outils, mais de la capacité à relier systèmes, usages et décisions.
6. Les compétences : le débat est déplacé
Cette question n’intéresse pas uniquement les spécialistes. Pour un entrepreneur, elle renvoie à un problème très concret : dans un monde où les modèles deviennent plus accessibles, l’avantage compétitif ne repose plus uniquement sur la technologie, mais sur la capacité à organiser des données de confiance, à les relier à des cas d’usage solides et à les intégrer dans des processus métier. Pour un étudiant, le signal est tout aussi net : la valeur ne viendra pas seulement d’une familiarité avec les interfaces d’IA, mais d’une compréhension plus profonde des systèmes, des flux, des dépendances et des contraintes. Pour un chercheur d’emploi, enfin, le sujet est décisif, parce qu’il reconfigure les trajectoires d’employabilité : les marchés n’attendent pas seulement des utilisateurs d’outils, mais des profils capables de faire le lien entre analyse, visualisation, gouvernance, communication et interprétation.
Le débat sur les compétences s’en trouve déplacé. Le World Economic Forum souligne que l’IA et les big data figurent parmi les domaines de compétences à la croissance la plus rapide, mais il met aussi en avant des compétences plus transversales : pensée analytique, créativité, résilience, flexibilité, curiosité, apprentissage continu. Ce n’est pas un supplément “soft”. C’est le socle qui permet d’agir dans un environnement où les outils changent vite, où les rôles se redéfinissent vite, et où la valeur dépend de plus en plus de la capacité à relier des savoirs hétérogènes. Le podcast avec Stijn Christiaens touche juste sur ce point : plus l’IA progresse, plus il devient difficile de figer une liste stable de compétences techniques “définitives”. En revanche, certaines capacités demeurent : comprendre, questionner, expérimenter, communiquer, arbitrer. (bcg.com)
7. Bruxelles face à l’économie réelle de l’IA
Bruxelles a, de ce point de vue, une responsabilité particulière. L’OCDE montre que l’exposition à l’IA générative y est particulièrement élevée : 48,2 % des travailleurs de la Région de Bruxelles-Capitale occupent des emplois pour lesquels au moins 20 % des tâches pourraient être réalisés deux fois plus vite avec l’aide de l’IA générative. La question n’est donc pas de savoir si Bruxelles sera concernée, mais à quelle vitesse elle saura transformer cette exposition en capacité productive, en sécurisation des parcours et en montée en gamme des organisations. (oecd.org)
Dans cette perspective, le rôle de Digitalcity.brussels pourrait être formulé plus nettement encore : non pas seulement comme une plateforme de formation numérique, mais comme un lieu où se construit la préparation opérationnelle à l’économie de l’IA. Cela suppose de faire tenir ensemble plusieurs dimensions que les organisations continuent souvent à traiter séparément : la donnée, la gouvernance, les usages métier, la transformation des compétences, et les enjeux de lisibilité pour les publics. C’est précisément ce qui rend un épisode comme celui consacré à Stijn Christiaens utile au-delà du cercle des spécialistes : il rappelle que l’IA ne vaut pas par son intensité médiatique, mais par la qualité des systèmes humains et informationnels qui la soutiennent.
Aller plus loin
Écoutez l’épisode de Digital Talks avec Stijn Christiaens (Collibra)
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RÉFÉRENCES
- McKinsey & Company, The State of AI: Global Survey 2025.
- Boston Consulting Group, Are You Generating Value from AI? The Widening Gap (2025).
- Collibra, Leadership — présentation de Stijn Christiaens et positionnement de l’entreprise.
- OECD, Artificial Intelligence, Data and Competition ; Emerging divides in the transition to artificial intelligence.
- Accenture, How leaders unlock AI value.
- Commission européenne / AI Act, AI literacy.
- Digitalcity.brussels, Plateforme des formations ; formations Business Data Analysis, Power BI / Data Visualization, Master strategic AI Ideation and Roadmapping.
- World Economic Forum, Future of Jobs / AI skills gap ; OECD, Job Creation and Local Economic Development 2024 – Belgium.



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